MATINÉE 2019

 

 

L’inconscient et le social

Que devient la souffrance psychique ? 

Les équipes que nous rencontrons nous transmettent le discours social ambiant : il s’agirait  d’écouter les consignes,  remplir les grilles, comptabiliser les actes. Le chiffre est devenu « le maître mot », sans tenir compte du sens du travail et de la dimension humaine de la relation. Par ailleurs il faut  pallier au manque de personnel, l’ordre libéral impose la pénurie et les suppressions de postes qui mettent à mal le secteur social.

Nous assistons à un changement de langage et de pensée qui a des conséquences sur les pratiques, on se réfère à présent au tout biologique. Le cerveau déterminerait la vie de chacun, amour, haine, sexualité.

La psychanalyse est écartée de nos institutions thérapeutiques et de nos universités, au profit de techniques comportementales adaptatives. Nous entendons ce que vise cet intérêt pour  les sciences dites dures : un fantasme de maîtrise, de transparence, où il n’y aurait plus d’erreurs, de subjectivité,  de désir, et une volonté d’effacer le sujet !

Le concept d’inconscient serait-il dépassé, « has been » ? La souffrance psychique serait-elle à domestiquer, rééduquer, médicamenter, à faire taire pour que rien ne vienne perturber l’ordre social ?

Or  l’inconscient se manifeste, il se manifeste à travers divers ratages, il témoigne du  conflit psychique et de la singularité de chacun.

La responsabilité du psychanalyste est de faire entendre la dimension singulière et inconsciente du symptôme : ce qui résiste à toute tentative de normalisation, ce qui nous est le plus intime, ce dont témoignent les personnes qui souffrent, qui sont dans l’impasse, parfois exclues, errantes, endettées.....

 

Dans ce contexte où il est question d’éradiquer le symptôme, il est primordial de lutter pour préserver nos pratiques, notre clinique du un par un.

Malgré les pratiques gestionnaires, malgré la dévaluation de la parole, les professionnels que nous entendons dans les supervisions y vont de leur subjectivité,  en répondant  en leur nom et en posant des actes.

 

Comment analyser les transformations en cours ? Pouvons-nous réinstaurer de nouvelles façons de réfléchir ensemble, pouvons-nous sauvegarder cette aspiration au désir du sujet, et créer de  nouveaux communs ?